Le prix de vente d'un produit de parapharmacie se calcule en multipliant son prix d'achat net par un coefficient : 1,43 laisse environ 30 % du prix de vente comme marge, 1,67 en laisse 40 %. Toute la difficulté est de partir du vrai prix d'achat (après remises et unités gratuites) et de ne pas laisser les remises au comptoir manger ce que le coefficient a construit.
Cet article vous donne le vocabulaire, les formules, les tables de conversion et les règles de remise pour fixer vos prix avec méthode plutôt qu'à l'instinct.
Si vous cherchez d'abord à savoir ce qu'une marge de 30 % donne en revenu mensuel, commencez par notre article sur combien rapporte une parapharmacie au Maroc. Ici, on descend d'un cran : comment cette marge se construit, produit par produit.
Le vocabulaire des prix en parapharmacie
Le monde de la parapharmacie au Maroc emprunte beaucoup de termes au médicament. Ils ne veulent pas tout à fait dire la même chose, et la confusion coûte cher quand on fixe ses prix.
| Terme | Ce qu'il désigne |
|---|---|
| Prix d'achat brut | Le prix catalogue du fournisseur, avant toute remise |
| Prix d'achat net | Ce que vous payez réellement par unité, après remises et unités gratuites |
| PPH | Prix pharmacien hors taxes : le prix affiché sur la facture du grossiste, avant remise |
| PPH net | Le PPH après la remise du grossiste : ce que vous payez réellement |
| PPV | Prix public de vente : pour le médicament, il est fixé par l'État et imprimé sur la boîte |
| Prix public conseillé | Le prix de vente recommandé par le laboratoire ou la marque, sans obligation |
La différence essentielle est là : le médicament a un prix imposé, la parapharmacie a un prix libre. Le PPV des médicaments est fixé par décret (décret 2-13-852 de 2013), avec des marges encadrées pour le grossiste et le pharmacien. Les produits de parapharmacie, eux, relèvent du principe général de la loi 104-12 sur la liberté des prix et de la concurrence : c'est vous qui fixez le prix.
Cette liberté a une contrepartie. La loi 31-08 sur la protection du consommateur impose d'informer le client du prix, par étiquetage, marquage ou affichage. Un prix libre doit donc être un prix affiché. Pour les détails propres à votre situation (régime fiscal, mentions obligatoires), le bon réflexe reste de vérifier auprès de votre comptable.
Autre précision : faites tous vos calculs sur des prix comparables, hors taxes avec hors taxes, ou toutes taxes comprises avec toutes taxes comprises. Mélanger un prix d'achat HT et un prix de vente TTC gonfle artificiellement la marge apparente. Le sujet est détaillé dans notre article sur la TVA en parapharmacie au Maroc.
Coefficient, taux de marge, taux de marque
Trois façons de parler du même bénéfice, avec trois bases de calcul différentes. Prenons un produit acheté 70 DH net et vendu 100 DH : le bénéfice brut est de 30 DH.
Coefficient multiplicateur = Prix de vente ÷ Prix d'achat net Ici : 100 ÷ 70 = 1,43.
Taux de marge = (Prix de vente − Prix d'achat net) ÷ Prix d'achat net Ici : 30 ÷ 70 = 43 %. C'est le bénéfice rapporté à ce que vous avez payé.
Taux de marque = (Prix de vente − Prix d'achat net) ÷ Prix de vente Ici : 30 ÷ 100 = 30 %. C'est le bénéfice rapporté à ce que le client paie.
C'est le taux de marque qui compte pour piloter une parapharmacie, parce qu'il se lit directement sur le chiffre d'affaires : 30 % de taux de marque, c'est 30 DH gardés sur chaque 100 DH encaissés. Quand notre article sur la rentabilité parle d'une marge brute de 20 à 40 % du chiffre d'affaires, c'est de taux de marque qu'il s'agit.
L'erreur classique consiste à confondre les deux : un gérant qui « ajoute 30 % » au prix d'achat (coefficient 1,3) croit faire 30 % de marge, alors que son taux de marque n'est que de 23 %.
La table de conversion
| Coefficient | Taux de marge (sur achat) | Taux de marque (sur vente) |
|---|---|---|
| 1,25 | 25 % | 20 % |
| 1,33 | 33 % | 25 % |
| 1,43 | 43 % | 30 % |
| 1,50 | 50 % | 33 % |
| 1,67 | 67 % | 40 % |
Les deux formules à garder sous la main :
- Coefficient = 1 ÷ (1 − taux de marque). Pour viser 35 % de taux de marque : 1 ÷ 0,65 = 1,54.
- Taux de marque = 1 − (1 ÷ coefficient). Avec un coefficient de 1,4 : 1 − 0,714 = 28,6 %.
Partir du vrai prix d'achat : remises et unités gratuites
Un coefficient appliqué au mauvais prix d'achat donne un mauvais prix de vente. Or le prix catalogue du fournisseur n'est presque jamais le prix que vous payez vraiment.
La remise sur facture
C'est la plus simple : 10 % de remise sur un produit à 100 DH ramène le prix d'achat net à 90 DH. Si vous appliquez votre coefficient de 1,43 au prix brut (143 DH) au lieu du prix net (129 DH), vous êtes plus cher que nécessaire. Si vous gardez le prix de vente de 143 DH, votre taux de marque réel passe à 37 %.
Les unités gratuites (UG)
Les conditions du type « 10 + 2 » sont courantes chez les fournisseurs. Vous payez 10 unités, vous en recevez 12.
Prix d'achat net par unité = Montant payé ÷ Nombre total d'unités reçues
| Condition | Calcul | Prix net unitaire | Baisse réelle |
|---|---|---|---|
| 10 à 100 DH, sans UG | 1 000 ÷ 10 | 100,00 DH | 0 % |
| 10 + 1 UG | 1 000 ÷ 11 | 90,91 DH | 9,1 % |
| 10 + 2 UG | 1 000 ÷ 12 | 83,33 DH | 16,7 % |
| 10 + 3 UG | 1 000 ÷ 13 | 76,92 DH | 23,1 % |
Notez qu'un « 10 + 2 » ne vaut pas 20 % de remise mais 16,7 %, parce que la gratuité se répartit sur 12 unités et non 10.
Deux pièges à surveiller. D'abord, une unité gratuite n'est un gain que si elle se vend : si les deux unités supplémentaires périment en rayon, votre prix net revient à 100 DH, et vous avez immobilisé du stock pour rien. Les UG se négocient donc sur les produits qui tournent vite, pas sur les autres (voir comment éviter les produits périmés en parapharmacie). Ensuite, les remises de fin d'année ou de volume, versées plus tard, ne baissent votre prix d'achat qu'une fois encaissées : ne fixez pas vos prix de vente en comptant dessus.
Pour négocier ces conditions, il faut connaître vos volumes par fournisseur. Les pratiques du marché sont décrites dans notre guide des fournisseurs de parapharmacie au Maroc, et le suivi au quotidien dans la gestion des fournisseurs.
Fixer les prix par catégorie
Un coefficient unique pour tout le magasin est simple, mais il vous rend soit trop cher sur les produits que tout le monde connaît, soit trop bon marché sur ceux où vous apportez du conseil.
Les produits à prix connu
Couches et laits de grandes marques, hygiène courante, protections solaires vendues partout : le client connaît le prix, il le voit en grande surface ou chez la pharmacie voisine. Sur ces produits, c'est le marché qui fixe votre prix. Vous partez du prix pratiqué autour de vous et vous vérifiez que la marge restante reste positive après charges. Ce sont des produits d'appel : ils font entrer le client, ils ne font pas votre résultat.
La dermocosmétique et les compléments
Ici, le prix est moins comparé et le conseil fait la vente. Beaucoup de laboratoires communiquent un prix public conseillé : le suivre vous protège d'un écart visible avec la pharmacie d'à côté, qui vend souvent les mêmes gammes. Votre marge se construit alors surtout à l'achat (remises, UG, conditions de lancement) plutôt qu'en montant le prix de vente.
Un exemple de grille
| Catégorie | Logique de prix | Coefficient indicatif |
|---|---|---|
| Hygiène courante, grandes marques bébé | Aligné sur le marché | 1,15 - 1,30 |
| Soins capillaires, solaires courants | Proche du marché | 1,30 - 1,45 |
| Dermocosmétique | Prix public conseillé du labo | 1,40 - 1,60 |
| Compléments alimentaires | Valeur du conseil | 1,45 - 1,70 |
Ces coefficients sont illustratifs, pas des normes du marché. Ce qui compte est le résultat moyen : un mix qui donne 30 % de taux de marque global sur l'ensemble des ventes, conformément à la fourchette de 20 à 40 % décrite dans notre article sur la rentabilité.
Ce qu'une remise au comptoir coûte vraiment
Le geste commercial semble anodin : « je vous fais 10 % ». Pourtant, la remise ne se retire pas du prix, elle se retire entièrement de votre marge.
Reprenons notre produit : acheté 70 DH, vendu 100 DH, marge 30 DH. Avec 10 % de remise, le client paie 90 DH. Le produit vous coûte toujours 70 DH. Il vous reste 20 DH : vous avez perdu un tiers de votre marge, pas un dixième.

Pour gagner autant qu'avant, il faut vendre davantage. La formule :
Hausse de volume nécessaire = Remise ÷ (Taux de marque − Remise)
| Taux de marque | Remise 5 % | Remise 10 % | Remise 15 % |
|---|---|---|---|
| 20 % | + 33 % | + 100 % | + 300 % |
| 30 % | + 20 % | + 50 % | + 100 % |
| 40 % | + 14 % | + 33 % | + 60 % |
Lecture : sur un produit à 30 % de taux de marque, une remise de 10 % oblige à vendre 50 % de quantités en plus pour garder la même marge en dirhams. Sur un produit d'appel à 20 %, la même remise oblige à doubler les ventes. Une remise de 20 % sur ce produit le vend à prix coûtant.
Des règles simples pour accorder une remise
- Fixez un plafond par catégorie. Par exemple : aucune remise sur les produits à prix connu, 5 % maximum sur la dermocosmétique, sauf décision du gérant.
- Donnez une raison à chaque remise. Un client régulier, un lot proche de la péremption, une opération du laboratoire. Une remise sans raison devient vite une habitude que le client réclamera à chaque passage.
- Préférez l'avantage au rabais. Un échantillon ou un produit complémentaire offert coûte son prix d'achat, pas son prix de vente. Un programme de fidélité récompense la régularité au lieu de baisser le prix à chaque ticket.
- Écoulez les dates courtes tôt. Une remise de 30 % sur un produit qui périme dans deux mois vaut mieux qu'une perte de 100 % dans trois.
- Rendez chaque remise visible. Une remise que personne ne voit ne se pilote pas. Si vos assistants peuvent baisser un prix, vous devez savoir qui l'a fait, sur quoi et de combien.
Ce dernier point rejoint la question des écarts de caisse : une remise non tracée et un écart inexpliqué se ressemblent beaucoup en fin de journée.
Suivre ses marges au quotidien
Un prix bien calculé à l'achat ne reste pas juste tout seul. Les fournisseurs changent leurs conditions, les laboratoires leurs prix conseillés, et les remises du comptoir grignotent le taux de marque sans que le chiffre d'affaires ne baisse. C'est le piège : la caisse se remplit, la marge fond.
Trois contrôles suffisent à le voir à temps :
- À chaque livraison, comparez le prix d'achat net facturé au précédent. Une hausse non répercutée réduit votre marge sur tout le stock suivant.
- Chaque semaine, regardez le montant total des remises accordées et leur part dans le chiffre d'affaires.
- Chaque mois, comparez votre taux de marque réel à votre objectif, catégorie par catégorie.
Dans Exipal, quand le vendeur saisit un prix plus bas au comptoir, le pourcentage de remise s'affiche sur la ligne du panier, puis dans l'historique des ventes (colonne « Remise ») et dans le détail de chaque vente. Le prix catalogue est conservé par le serveur : une remise ne peut pas être masquée. Les statistiques affichent les marges, réservées au gérant, à côté des produits les plus vendus et du stock dormant.
Ce qu'il faut retenir
Fixer un prix de vente en parapharmacie tient en trois étapes : calculer le vrai prix d'achat net (remises et unités gratuites comprises), appliquer un coefficient adapté à la catégorie, puis protéger cette marge au comptoir.
Retenez la table : un coefficient de 1,43 donne 30 % de taux de marque, 1,67 en donne 40 %. Et retenez la règle de la remise : sur un produit à 30 % de marge, 10 % de remise effacent un tiers du bénéfice et exigent 50 % de ventes en plus pour être compensés.
Pour suivre vos marges, vos remises et votre stock sans tableur, Exipal réunit ces chiffres dans une seule plateforme, à partir de 149 DH par mois, avec le premier mois remboursé si la plateforme ne vous convient pas. Le détail des offres est sur la page des tarifs.
